Martine85, cette quinzaine tient la barre des croqueurs de mots

Le clown et le parapluie :
Le vieux clown a perdu son petit parapluie. Un parapluie, cela se remplace, me direz-vous, et pourtant…
Le vieux clown est morose. Tout là-haut sur les gradins, il n’est plus bon à grand-chose, juste à faire la claque pour les clowns d’aujourd’hui qui n’ont plus besoin de parapluie…
Il a retourné toute sa roulotte. Il a erré, sous le chapiteau du cirque, à la nuit tombée, quand il est déserté. Il a cherché, ici et là, près de la cage aux lions, dans les boxes des chevaux, sous les trompes des éléphants, … Le petit parapluie reste introuvable. Le vieux clown est triste. Il pousse sa porte, s’assied sur son fauteuil à bascule, se laisse bercer. Il s’endort. Il rêve…
Magie, le vieux clown a rajeuni. Il est là sur la piste, étoile parmi les étoiles, lui, et son petit parapluie, tout gris. Il l’ouvre, le referme. Sous les yeux ébahis des enfants, il provoque la pluie et le beau temps, magie du parapluie, tout petit, tout gris. Il danse, il chante, il rit. Le parapluie est cerf-volant, ombrelle ou toupie. Tout le monde applaudit…
Dans son sommeil, le vieux clown verse une larme, une seule, comme une perle de rosée qui glisse de son œil. Magie, sur le parapluie, la larme rebondit. Le petit parapluie s’ouvre, se ferme, s’ouvre encore. Il traverse ruisseaux, rivières, fleuves, mers, océans. Il brave l’orage, la tempête, l’ouragan. Il défie les dieux de l’enfer et du ciel. Il avance, vaillamment, avec ou contre les éléments. Il choisit et prépare, pour son ami, une place au soleil, au paradis des clowns d’antan…
Au petit matin, un écuyer a retrouvé le vieux clown, étendu au milieu de la piste, souriant dans son bel habit de lumière et serrant son petit parapluie sur son cœur… Dans la joie des retrouvailles, sous le chapiteau, ils avaient, ensemble, tiré leur dernière révérence…
Ce soir-là, le spectacle leur fut dédié : magie chargée d’émotion !
Le bonheur du vieux clown était aussi joli qu’un clin d’œil de petit parapluie, tout petit, tout gris !
ABC
(je me suis permise de reprendre pour cette consigne
un texte écrit en 2013
que j'affectionne particulièrement
J'espère que ceux qui le connaissent déjà auront plaisir à le relire)